Expédition Patagonie

La Patagonie.

Rêve ultime de tous alpinistes, cette destination est le rendez-vous des grandes faces granitiques, des marches d’approches démesurées, et d’une météo que l’on pourrait qualifier d’incertaine et tempétueuse. Bref un cocktail parfait pour s’adonner à l’apinisme.

Rendez vous fait avec la femme qui partage ma vie, Zabou la Queyrassine. Départ de Paris, c’est parti pour 15h de vol, direction El Calafate. Le seul problème c’est qu’on avait pas prévu la grève de la compagnie aérienne local. Obligé de rester 2 jours à Buenos Aires et d’attendre d’avoir des renseignements. On étudie même la possibilité d’y aller en bus…. Certes confortable mais c’est quand même 40h de trajet.
Par chance, les grèves locales ne sont pas comme chez nous, à s’éterniser encore et encore. Ici en 48h tout est réglé. Tout le monde reprend du service, et on nous trouve un trajet moins direct mais cela nous convient. Buenos Aires – Cordoba – El Calafate. Puis un dernier bus de 3h pour arriver enfin à El Chalten….Enfin.

De la commence de longues heures à regarder et analyser la météo afin de trouver LA fenêtre qui nous permettra de gravir ces belles montagnes.
Des le lendemain de notre arrivée on aperçoit une opportunité. On prépare les sacs pour 3 jours et direction le fameux passage du Paso Marconi, puis du Circo de Los Antares, au pied du Mythique Cerro Torre et son givre sommital. Au programme du premier jour, 40km de marche… avec des sacs de 25kg. La météo annonçait petite pluie fine et léger vent, traduit par fort vent et grosse pluie. Apres 25km de marche 2 lacs, 1 glacier, et un peu de varappe, on trouve un emplacement de bivouac. Loin de l’objectif estimé, on se pose quand même des questions sur cette fameuse fenêtre météo. On passera une nuit sous les rafales de vent qui malmèneront notre tente.


On contact notre routeur météo qui nous annonce que le beau des 2 prochains jours est parti avec une rafale de vent, et qu’il ne reviendra pas avant un bon moment. Triste nouvelle, surtout à l’idée de refaire les 25 km en sens inverse sans rien n’avoir gravit. Cela sera un bel aperçue de la meteo local en Patagonie. Retour à El Chalten pour se reposer.
De retour devant l’ordinateur pour faire un point météo, et on aperçoit à nouveau une seconde chance d’ascension. Cette fois on décide d’aller voir le Paso Superior sous l’imposante face du Fitz Roy, de l’Aiguille Poincenot, du Mermoz et de la Guillaumet. Un potentiel énorme.

Pour s’y rendre c’est encore 15km de marche et 1500m de dénivelé. On posera la tente avec vue imprenable sur tout le massif. Le lendemain, enfin la météo se confirme, et le beau temps est au rendez-vous. On prend la direction du Guillaumet par la goulotte Amy. Un couloir de 200m en WI4+, suivit d’une belle arête rocheuse en granit excellent pour arriver au sommet du Guillaumet. Une vue imprenable, sur le Fitz Roy, le Cerro Torre, la Standhardt, et surtout sur l’immensité du glacier qui s’étend sur des kms. Une belle redescende jusqu’a El Chalten clôture cette belle journée ( la seule sans vent de tout le mois )


Premier sommet en Patagonie, on peu fêter cela dignement. On profite de l’happy hour pour savourer les différentes bières locales. On profitera de 3 jours de repos imposés par la météo pour faire une ballade en poney géant ( du cheval quoi ). Sympa, même si ce faire tapoter durant 3h, laisse quelques traces douloureuses dans le bas du dos.

Retour aux choses sérieuses, on prépare à nouveau nos sacs, et direction Niponino, le camp de base du Cerro Torre. Une bien belle marche de 6h et 18km dans un chaos de blocs instable. Heureusement que la vue est magnifique. On décide de rester à ce camps 6 jours afin d’optimiser nos chances de sommet. Du coup, 6 jours de nourriture plus tout le matériel technique nous impose de prendre un porteur local. Diego qui est aussi guide nous avouera qu’il fait cela entre 2 et 3 fois par semaine…. Le rêve.

Arrivé à Niponino, on sera seul, même pas le renard tant annoncé, seul avec les bourrasques de ven. Pour la seconde fois, on se fera plier en deux par la force du vent. on passera 3 jours à attendre un potentiel créneau pour gravir un petit bout de cailloux. On décidera tant bien que mal à descendre pour éviter de rester à rien faire ici. Le problème c’est que l’on devra descendre tout ce qu’on avait monté. les 3 jours de nourritures restant…
On commence à voir les jours défiler, et les chances de gravir un autre sommet s’envoler avec ce fouttu vent.
A force de porter de gros sacs en mode escargot, on commence sérieusement à se poser des questions sur la possibilité de faire des courses à la journée. Osn oubli les gros sac, et on part en mode fast and light, style alpin comme par chez nous. Le problème de cela c’est les marches d’approches, les descentes et le retour. C’est long de chez long. Mais bon l’idée fait son bout de chemin et reste caler dans nos têtes au cas ou.

3 jours avant notre départ de Patagonie, la météo annonce 1 jour de soit disant beau. Comme par hasard, on parle de faire des courses à la journée, et comme si la météo voulait nous mettre au défit, elle nous propose 1 jour de beau. Qu’à cela ne tienne, on relève le défit. Sacs de 10kg, départ 20h de El Chalten, direction la Poincenot par la mythique voie Willians Cochrane. Cette voie, on la voie depuis El Chalten. Une grande vire de neige suspendue avec 200m de gaz sous les pieds. Puis 250m de grimpe en 4/5 pour arriver au sommet à 3000m. 10h nous voila au sommet, malheureusement on est pas seul. Le mauvais est la aussi. le vent annoncé pour 15h est déjà la. Un bon gros vent d’ouest, soit pleine face nous arrive dessus. Le brouillard aussi ce joint à cette joyeuse fête. Rien de tel pour mettre en pratique le rappel fil de pêche, la corde enkitée, les rappels de 15m et la désescalade. Bref comment passer plus de temps à la descente qu’à la montée. On arrivera à coincer la corde au dernier rappel… Mais bon le principal, c’est qu’on est sur le glacier, puis sur le chemin à vache. On arrivera à El Chalten juste après l’Happy Hour soit après 24h de grimpe marche non stop. Comme quoi, la méthode légère est efficace. On est certes fatigué mais autant qu’en portant des sacs, et surtout on ramène un beau sommet.

Les vacances se terminent, et il est temps de rentrer en France pour profiter de la neige fraichement tombée. 48h plus tard nous y voici.

Une expérience unique et déjà une énorme envie d’y retourner. La Patagonie offre un terrain de jeu exceptionnel dans un cadre splendide. Que l’on soit grimpeur alpiniste ou simplement randonneur, c’est le paradis pour toutes les disciplines.